Dans les coulisses de l’élection

 J’ai été élue sénateur le Dimanche 26 septembre 2004 (la 1ère femme de droite accédant à ces fonctions dans le Val-de-Marne) ;  le mercredi 29 le Groupe UMP désignait son candidat pour l’élection du 1er Octobre. Comme je l’ai souvent dit, j’avais été surprise de ne recevoir aucune consigne de vote et j’ai pu choisir sereinement entre Christian Poncelet et Alain Lambert (déjà candidat à l’époque !). J’étais impatiente de savoir, maintenant que j’ai un peu plus d’expérience, comment cela allait se passer ! 

Au début 2008, nous savions déjà tous que Jean-Pierre Raffarin (JPR) et Gérard Larcher (GL) postulaient, mais rien dans leur comportement quotidien à notre égard ne le montrait.

Gérard Larcher enchaînait les rapports et missions (réforme de l’hôpital, loi de modernisation de l’économie, animation des groupes européens sur le droit du travail…), Jean-Pierre Raffarin les déplacements pour l’UMP pour soutenir les candidats aux municipales et cantonales tout en étant souvent dans l’hémicycle. Deux sénateurs modèles comme il en faudrait beaucoup !

Élections locales et trêve des vacances de printemps passées….Toujours rien ou plutôt, tous au front pour défendre les positions du Sénat sur la révision de la Constitution.

Entre temps, 5 sénateurs lancent un groupe de réflexion sur l’avenir du Sénat, auquel je décide de participer et me retrouve rapporteur du thème « quelle nouvelle gouvernance » avec à mes côtés Jean Arthuis, Président de la Commission des finances et Philippe Marini, rapporteur général du budget.

On s’interroge tous : l’un ou plusieurs des 5 vont t-il être candidats ? Sans compter que chacun connaît les tentations de Christian Poncelet. Mais ses fidèles le convainquent de ne pas courir à l ‘échec !

Fin juin, début juillet, notre groupe de sénatrices UMP commencent à fronder : un candidat va-il daigner évoquer la place des femmes ? Car le constat est affligeant : alors que nous sommes très actives et présentes, il n’y a aucune femme UMP à quelque poste de responsabilité que ce soit (contrairement à la gauche). Le Président de la République a nommé des femmes ministres, mais au Parlement ou dans les instances nationales de l’UMP, tout se conjugue au masculin.

Très vite, JPR en discute avec moi, GL me demande une note et des propositions. Celles-ci sont simples : il faut qu’une femme UMP devienne soit Vice-présidente du Sénat, soit Présidente d’une commission. S’ensuivent des discussions régulières avec les 2 postulants qui s’engagent sans difficulté dans cette voie. Ils vont d’ailleurs alors rencontrer individuellement chacune des vingt sénatrices UMP. La campagne de séduction des femmes est engagée…

Mais comme un tiers du Sénat est en campagne électorale, (  élection le 21 septembre), la campagne s’engage doucement.

Début Août, je reçois un appel sur mon portable de Philippe Marini qui m’informe personnellement de sa candidature…qui paraît dans la presse ce même jour. Nous discutons du fonds –rôle du Sénat et de son président pendant 35 mn….Et je pars en vacances !

À mon retour, le 7 septembre, la campagne est vraiment commencée, les trois candidats ont édité leur programme. Les trois me conviennent et sont très proches. Cette fois, ce sont de longs entretiens en tête-à-tête avec chacun d’eux. Je suis impressionnée car je sais qu’ils rencontrent chacun d’entre nous ! Mais jamais Gérard, Jean-Pierre ou Philippe ne m’ont posé la question de confiance : vas-tu voter pour moi ? Ouf …Entre nous, la discrétion demeure de mise. D’ailleurs faudrait-il savoir pour qui voter car les trois hommes sont de qualité et les programmes proches.  J’ai même l’honneur d’être invitée à ce fameux déjeuner chez Jean-Pierre Raffarin avec Jacques Chirac dont a pas mal parlé la presse. Huit sénateurs, deux femmes pour un déjeuner très convivial, intime, au domicile du 1er Ministre (un appartement bourgeois et simple, comme il y en a à Vincennes).  Le Président à évoqué la situation politique internationale, raconté Poutine. Personne n’a parlé des élections sénatoriales …

Quelques jours avant les sénatoriales du 21 septembre, j’ai reçu quelques appels téléphoniques de collègues tentant de savoir pour qui j’allais voter et voulant me convaincre de voter pour leur poulain. Mais, pas plus.

Jamais le Président du groupe UMP au Sénat, ni les conseillers de l’Elysée ou Matignon ni un Ministre n’a fait pression. Car le sénateur est un homme ou une femme libre et toute tentative pourrait conduire à un effet inverse.

Je suis donc rentrée en « conclave télévisé » comme plein de mes collègues : persuadée qu’il y allait y avoir 2 ou 3 tours et que Gérard Larcher et Jean-Pierre Raffarin se tiendraient à 3 ou 4 voix d’écart (c’étaient les bruits de couloirs).

Le résultat nous a donc vraiment surpris : Gérard Larcher élu au 1er tour avec 78 voix. JP Raffarin 56 et P Marini 17. La majorité absolue était de 76 voix.

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