Edito

C’est au début de leur mandature, lors des fameux cent premiers jours, que tous les Présidents de la République donnent l’impulsion qui marquera leur présidence. Ceux de François Hollande ont été plus que laborieux, tellement laborieux que même ses meilleurs soutiens politiques et journalistiques font part de leur désarroi. Parmi les 51% de français qui ont voté pour lui, certains croyaient sans doute sincèrement qu’il portait un projet pour la France ou qu’il allait réformer la société et qu’il pouvait, tel un preux chevalier, redresser l’économie et imposer sa loi aux hordes de barbares de l’Union européenne.

Mais le début du quinquennat s’est limité à une campagne de communication de mauvaise qualité : plafonnement du prix de l’essence (baisse marginale mais réelle diminution de la consommation d’essence) ; un président et des ministres « normaux » voyageant comme tout le monde … en oubliant de cacher les voitures officielles qui suivaient le RER ou l’avion officiel qui transportait les bagages; des ministres exemplaires, bien que condamnés par le passé pour licenciements abusifs ou abus de biens sociaux.

L’annulation par le Conseil constitutionnel de la diminution du salaire du Président de la République a montré les limites de cette communication et mis en évidence l’amateurisme d’une équipe que les couacs quasi quotidiens de cette fin octobre confirment. Le plus grave est que contrairement à ce que je croyais, rien n’est prêt.
La France toute entière va à la dérive.
Dans ma précédente lettre, début août, je vous expliquais que les premières mesures fiscales votées en urgence en juillet n’étaient qu’un détricotage des dispositions mises en place par Nicolas Sarkozy et François Fillon.
Cela continue.
Hormis le projet de loi sur le mariage homosexuel -qui me hérisse et je me refuse d’appeler au mariage pour tous- la gauche ne propose qu'une seule réforme originale.
Elle se contente de défaire.

Suppression des peines planchers et la construction de prisons supplémentaires, de la défiscalisation des heures sup et va bientôt tuer les emplois à domicile qui avaient permis de lutter contre le travail au noir; la Gauche refuse de continuer à développer l’accession à la propriété par pure idéologie et met k.o. la lutte contre l’absentéisme scolaire en abrogeant la suspension des allocations familiales pour des absences injustifiées de l’élève.

Pour les logements sociaux, comme vous le lirez plus loin, ce n’est pas mieux.
Nathalie Kosciusko-Morizet qualifie fort bien ce début de quinquennat : «règne du vide» (Le Figaro du 8 octobre).

A l’image de la récente «tournée africaine» où ses conseillers viennent d’avouer que le Chef de l’Etat a lu et relu le discours de Dakar prononcé par Nicolas Sarkozy en 2008, (jugé selon leurs propres mots «lyrique et littéraire»), François Hollande n’a qu’un seul but : être différent et défaire ce qu’a fait son prédécesseur.

Et comme ce dernier a beaucoup fait en cinq ans, je m’inquiète sincèrement.

La France mérite mieux qu’un projet de déconstruction.

A croire que si Nicolas Sarkozy manque à la droite, il est de plus en plus la muse "négative" de la gauche.

Les Français n’apprécient pas puisque jamais un Président de la République et un 1er Ministre n’ont été aussi bas dans les sondages.
Les paris sont ouverts et personne ne croit que J.M. Ayrault tiendra jusqu’aux municipales de 2014.
Mais le Président et l’Assemblée sont élus encore pour 4 ans et demi.

Dans quel état sera alors la France?

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