Des fusées et des arbres

Ma qualité de membre de l’Office Parlementaire d’Evaluation des Choix Scientifiques et Technologiques, donne à croire à certains organismes que ces questions font partie de mes préoccupations quotidiennes …Le CNES (Centre national Etudes spatiales) m’a ainsi invitée à assister au 34ième tir de la fusée Ariane. Expérience que l’on ne refuse pas, même si les étoiles me font plus rêver que les fusées.

 

La 1ère matinée fut consacrée à la visite du centre de Kourou, 70 hectares de savane et forêts tropicales dans lesquelles les pumas, serpents, oiseaux et animaux divers ont trouvé refuge car, en Guyane, on a le droit de chasser partout et toute l’année… sauf sur la base ! 

 

Visite du centre de commandement, du pas de tir (on voit Ariane de loin pour des mesures de sécurité), mais aussi de celui de Soyouz ! Les russes ont en effet décidé de faire partir leur lanceur de Kourou, idéalement placé à l’Equateur pour atteindre toutes les orbites possibles. Les Soyouz vont arriver par bateaux (voir photos de la base en fin d'article).

 

A quelques heures du lancement, la fébrilité et la tension  sont palpables chez tous : ingénieurs, techniciens, mais aussi les commanditaires des satellites mis sur orbite qui d’une certaine façon « louent » Ariane.

Invités privilégiés, nous étions sur le site le plus proche du lancement : Toucan, à 5 km de la fusée, masque à gaz à portée de main en cas de pépin. A proximité de la fusée, le bruit est tel que l’on en meurt ! Ariane s’est envolée, sans encombre à mes yeux. Mais dans la réalité, il faut attendre de nombreuses heures, afin de savoir si les  deux satellites ont été placés sur les bonnes orbites . Le soir, c’est la fête. Inutile de chercher à se loger à Kourou au moment des tirs : toutes les équipes concernées sont présentes, sans compter les gendarmes venus spécialement pour assurer la sécurité des lieux, gage indispensable pour les commanditaires.

 

J’avais émis le souhait de survoler (à mes frais) quelques minutes l’Amazonie pour compléter ce court déplacement dans notre lointain département. Trente minute de vol en hélicoptère pendant lesquelles on a l’impression de survoler un immense champ… de brocolis. On aperçoit aussi clairement les camps d’orpaillage, les légaux : l’eau est assez claire, les illicites : la rivière est rouge et polluée.

 

Atterrissage près de 3  « bâtiments » si l’on peut les qualifier ainsi : un plancher surélevé, « un toit », mais pas de mur sauf  des bâches en plastique  là ou les hamacs suspendus montrent que ce sont les « chambres ». Pour  les toilettes, c’est la nature. : je suis dans la base de vie du CNRS en pleine forêt Amazonienne française. C’est là que des chercheurs de toutes nationalités et spécialités vivent, mangent (des conserves en attendant le ravitaillement en produits frais livrés par l’hélico quand il passe), dorment. Certains étudient les chauves-souris (110 espèces différentes), d’autres les grenouilles, d’autres la pollinisation des arbres.

 

J’y ai découvert des « grimpeurs » : trois hommes, un américain, un péruvien, un français, grimpent aux arbres géants d’Amazonie pour y recueillir des feuilles et analyser la façon dont les graines se disséminent, vocation qu’ils se sont découvert en arrivant ici ! Ils passent même de cimes en cimes sans redescendre ! Ma grosse déception est de ne pas être restée suffisamment d’heures pour les regarder faire. Etonnés de la visite d’une parlementaire, les chercheurs s’étaient renseignés, et j’ai eu l’étonnement d’entendre parler de mon rapport sur le chlordécone, (voir newsletter d’octobre 2009). En plein milieu de la forêt, sans électricité, téléphone ni internet, surprenant !

 

Le soir, je reprenais l’avion pour Paris pour siéger 9 jours durant sur la Poste. La vie est pleine de contrastes ! Un séjour aussi bref qu’exceptionnel dont je me souviendrai.

 

Si la vidéo de l'envol de la fusée ne démarre pas, cliquez ici

 

 

 

 

 

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