La question énergétique
par Mickael

Le mois dernier, Catherine postait sur son site www.catherine-procaccia.com des articles relatant sa visite à la Hague, puis à Tricastin dans le cadre de la mission sur l’avenir du nucléaire français. Cet article arrive en complément pour aborder ce sujet qui intéresse désormais tous les Français : quelle énergie pour demain en France ?

La semaine dernière l’Allemagne a fait le choix d’abandonner le nucléaire. Décision qui n’a pas manqué de faire parler dans mon environnement professionnel puisque cela fait désormais 5 ans que je travaille dans l’industrie nucléaire ! Sensible à ce sujet, je me permets de rétablir quelques vérités car bien souvent le débat est présenté au Français de façon caricaturale et partielle.

Il est évident que si on pose la question directement «êtes-vous pour ou contre le nucléaire ? » il est tentant de répondre « contre », comme viennent de faire l'Allemagne et l'Italie, ayant encore en tête la tragédie de Fukushima.

Pour moi le débat ne peut être aussi posé des termes aussi réducteurs avant tout parce qu’il n’existe pas à ce jour d’alternatives crédibles au nucléaire.

L’éolien ?


Sachant qu’une éolienne offshore a une puissance maximale de 5 MW et qu’elle ne fonctionne en gros qu’à 20% (car elle ne produit pas quand il n’y a pas de vent ou quand il y en a trop, car l’éolienne se bloque par sécurité), il ne faudrait pas moins de 1500 éoliennes de 250 mètres de hauteur pour l’équivalant d’un réacteur nucléaire de type EPR ! Par ailleurs le coût du Kwh éolien est de 6 centimes d’euros contre 3,5 pour le nucléaire. Je ne suis pas sûr que les Français soient prêts à payer le double de leur facture d’électricité. Ni même nos chefs d’industrie qui n’ont pas besoin de cela pour déjà se plaindre des difficultés qu’ils ont à rester compétitifs en France.

Le charbon et le gaz ?


Tentant certes, mais quid du CO2 (les techniques de stockage ne sont pas encore au point) et surtout quid de la dépendance énergétique de notre pays (va-t-on nous aussi dépendre du gaz Algérien ou Russe ?).

L’hydroélectricité ?


Tous les sites exploitables en France sont déjà équipés ! Le solaire et le photovoltaïque ? Ce sont plus des sources d’appoint mais insuffisantes ! Le gaz de Schiste ? Ah oui, excusez moi, sujet tabou ! … Le dossier a été refermé avant même d’avoir été ouvert.

A la lecture de ces lignes, vous pourriez croire que je suis un nucléaire convaincu … Il n’en est rien. Nul ne peut nier les risques. Je penche donc pour un pragmatisme énergétique. Aujourd’hui le nucléaire est un atout essentiel pour la France. Gardons le !
Mais dans le même temps, il faut de l’ambition en termes de recherche et développement. J’en vois trois principalement.

  1. La recherche sur le stockage de l’énergie électrique (cela permettrait de gommer un inconvénient majeur des éoliennes mais aussi de toutes les sources d’énergie électriques)

  2. La recherche sur les techniques de fusion nucléaire (projet international en cours en France et appelé ITER). Cette technique révolutionnaire propre permettrait de reproduire le fonctionnement des étoiles. Malheureusement elle est expérimentale et pas encore expérimentée. Premiers résultats espérés : pour 2060 au mieux.

  3. Le stockage du CO2…. Cela permettrait de réutiliser le charbon, ressource disponible en très grande quantité, peu chère et présente un peu partout dans le monde.


Grâce à un effort R&D, ( Recherche et Developpement) de nouvelles alternatives s’offriront à nous et deviendront matures, compétitives et donc réalisables.

Je terminerai cet article en essayant aussi d'ouvrir le débat. Au lieu de se placer au niveau « production », on peut également se placer au niveau « consommation », en regardant comment mieux économiser l’énergie produite et en pilotant de façon plus intelligente la distribution de cette électricité, en fonction des besoins réels de la population et en fonction d’estimations des besoins plus précises. C’est ce qu’on appelle le Smart Grid ! Mais cela c’est un autre sujet (actuellement en cours de test en France) dont je vous parlerai peut être une prochaine fois…

 

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