Une réforme électorale pour conserver le pouvoir


Ce titre est un court mais exact résumé du projet de loi relatif à l'élection des conseillers départementaux, municipaux et des délégués communautaires et modifiant le calendrier électoral, que le Sénat a rejeté en janvier. De quoi s'agissait-il ?

Sous le prétexte de tenir compte des évolutions démographiques et de favoriser l'élection des femmes dans les conseils généraux*, les socialistes ont inventé un mode de scrutin et de découpage électoral qui doit leur permettre de rester au pouvoir quoi qu'il arrive (c'est ce qu'avouent, sans aucun état d'âme, les collègues PS, dans les couloirs).

Des cantons sexués : mariages hétéro arrangés


Sous prétexte d'améliorer l'accès dans la politique des femmes, le projet de loi propose d'avantage un déséquilibre politique.

La taille des cantons va être doublé voire triplé ; c'est un binôme de deux conseillers généraux de sexe différents, appartenant au même parti politique qui sera désormais élus sur la circonscription.

Concrètement, dans le Val-de-Marne, au lieu d'être 49 élus (dont 15 femmes) nous serons 50 dont 25 conseillères.
Positif direz-vous pour les femmes, mais pas pour la mixité politique car les deux élus d'un canton seront forcément du même parti.
Si l'on prend le canton du plateau Briard (UMP), il sera agrégé avec un canton communiste ou un socialiste : un découpage qui permettra à la Gauche d'emporter le morceau.
Au lieu d'avoir un conseiller général UMP et un PS ou PC, il y aura un homme et une femme de gauche. Idem à Thiais (UMP) qui ne restera pas le village de gaulois au milieu des communes PC et PS.

Ainsi les deux cantons de Vincennes et celui de Saint-Mandé seront sans nul doute agrégés.
Au lieu d'avoir deux femmes représentant l'UMP et le Centre (Catherine Procaccia et Dominique Le Bideau), et un homme représentant lui-même (Jean Eroukmanoff), il n'y aura plus qu'un homme et une femme de la même couleur politique.

Bref, ce n'est pas en 2015 que le Conseil général 94 basculera, puisque pour mieux trafiquer ces élections, elles ont été reportées d'un an.

Car, nous ne savons rien des redécoupages envisagés. Seulement qu'ils ont été préparés au Ministère de l'intérieur pour éviter que, malgré les erreurs politiques du Gouvernement, la droite ne regagne quelques conseils généraux. Et si pour couronner le tout le nouveau redécoupage pouvait nous faire reperdre d'autres sièges.
C'est la raison pour laquelle, les communistes et les écolos, qui ont une confiance limitée dans leurs partenaires socialistes, ont aidé l'UMP et les centristes à rejeter le texte en s'abstenant.

Le charcutage de Paris


En effet, alors que la logique officielle de la réforme était de permettre une meilleure répartition des conseillers de Paris en ajustant le nombre de sièges aux évolutions démographiques, les arrondissements détenus par la droite vont perdre 3 sièges au profit d'arrondissements de gauche.

Le 16ème arrondissement perd un représentant alors que sa population est stable mais le 4ème dont la population a chuté de 17,1% conserve ses trois sièges. Ainsi un élu du 16ème représentera 14 000 d'habitants contre 9000 pour un élu du Marais.



Dans le 7ème arrondissement qui perd également un siège, on comptera un élu pour 14 000 habitants contre 11 000 auparavant, 1 pour 15 069 dans le 5ème alors que les 1er, 2ème et 3ème arrondissements dont la population a fortement diminué depuis trente ans sont surreprésentés au conseil de Paris avec un élu pour 5 871 dans le 1er.

J'appelle cela du charcu-découpage. Alors que le Sénat l'a repoussé, l'Assemblée nationale, plus aux ordres, votera elle sans coup férir.

Naturellement, nous saisirons le Conseil constitutionnel quand le texte sera adopté.

la « meilleure représentativité » des cantons urbains


Chacun sait qu'en milieu urbain, le conseiller général est moins connu et proche que le conseiller rural. Mais les ruraux votent plus à droite que les urbains. Conséquence, le projet de loi diminue le nombre de conseillers généraux ruraux au profit des citadins...

CQFD : le projet de loi que veut imposer le Gouvernement est un tripatouillage électoral.



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