Retraite à 70 ans, retraite « cocotiers » en débat

Gérard Larcher, prédécesseur de Xavier Bertrand à la tête du Ministère du travail avait déjà lancé un plan emploi en faveur des seniors. ( un senior, c’est un salarié de 50 ans et plus !). Il y avait dedans tout ce qu’il fallait pour être efficace mais… il n’a eu aucun effet. La France demeure l’Etat dans lequel le pourcentage de salariés « d’un demi siècle » sans emploi est le plus important de tous les pays occidentaux !

Lors d’un petit-déjeuner de travail avec Xavier Bertrand et Laurent Wauquier (pour les fidèles de mon site, www.catherine-procaccia.com  mardi 17 juin), nous avions évoqué différentes pistes et nous nous étions retrouvés sur  la symbolique de l’âge de la retraite, synonyme de vieillesse. L’âge de la retraite à 60 ans signifie implicitement que nous serions déjà vieux à cet âge avec, pour sanction, l’interdiction de travailler. Ceci n’aidera pas à modifier les mentalités et à inciter les entreprises à garder ses « quinquas » et encore moins d’en embaucher. L’interdiction de travailler faite au Professeur Montagnier ( aujourd’hui prix Nobel) ou à Guy Roux (AJ Auxerre) a fait plus avancer les esprits que les négociations !

En outre -comme je l’ai exprimé à la tribune- « 60 ans » est une référence inutile puisqu’il faut 40 années d’activités pour bénéficier d’une retraite à taux plein, bientôt 41… et l’on commence rarement sa vie active à 20!

 Le Gouvernement, d’une façon un peu expéditive, avait voulu supprimer toute référence à un âge limite dans le PLFFS. Les parlementaires ont introduit un âge limite : 70 ans. Dorénavant, un salarié ne pourra plus être mis à la retraite d’office avant cet âge, s’il le souhaite.  Personne ne sera obligé de travailler jusqu’à cet âge, mais ceux qui le voudront le pourront. Lire  et dire que la retraite est repoussée à 70 ans est un mensonge ! Et si 70 % des français déclarent ne pas vouloir continuer à travailler aussi tard, 30% seront eux satisfaits.

Je trouve simplement que cette disposition est inégalitaire car c’est le salarié seul qui décide, sans que son employeur puisse s’y opposer. C’est pourquoi j’avais déposé un amendement permettant au chef d’entreprise de demander une visite médicale. Il n’a pas été voté mais j’ai obtenu du Ministre l’assurance que, à l’occasion de la réforme de la médecine du travail, cette possibilité soit intégrée.

« Retraite cocotier ». Voilà 4 ans que je me battais contre une disposition inégalitaire : les fonctionnaires d’Etat qui, au moment de leur retraite, déclarent se retirer dans certains départements d’outre-mer, perçoivent une « sur-retraite » qui oscille entre 35% ( Reunion) et 75% (Tahiti, Nouvelle Calédonie). Cette disposition avait été mise en place dans les années 50 pour attirer les fonctionnaires vers ces contrées lointaines. Mais maintenant, les transports et conditions de vie ne sont plus les mêmes ! En plus quelques parlementaires dont je fais partie, puis la Cour des comptes ont constaté une double fraude : d’abord, certains fonctionnaires n’ont jamais exercé dans ces départements, ensuite certains n’y résidaient même pas ( alors qu’une condition de 6 mois était exigée). Fausses adresses et adresses de complaisance, absence de contrôle ont fait exploser le nombre de bénéficiaires.

N’obtenant rien des Ministres successifs de l’Outre-mer, nous avions déposé en 2007 une proposition de loi qui fut signée par …110 sénateurs, soit un tiers du Sénat ! L’Elysée et Matignon ont donc dû bouger et un texte a enfin été voté en novembre 2008. Celui-ci exige  15 ans d’ancienneté pour pouvoir prétendre à ces sur-retraites et  met définitivement fin à cet avantage exhorbitant…mais seulement dans 20 ans ! Naturellement ce délai ne nous satisfait pas, mais il a bien fallu tenir compte des négociations que le Ministre a menées avec les représentants syndicaux et les parlementaires de l’outre-mer.

Enfin, au chapitre retraite, nous avons aussi débattu de celle des personnels d’Air France.

J’avoue avoir eu du mal a comprendre leur grève puisque l’amendement du Gouvernement instaurait un report facultatif de la retraite : possibilité d’exercer jusqu’à 65 ans pour les pilotes et 60 pour le personnel commercial navigant. Nous en avons débattu jusqu’à 2 heures du matin, les représentants syndicaux d’Air France assistant dans les tribunes à la discussion et attendant avant de mettre fin à la grève. Mais il faut connaître le non dit, l’inavouable : les pilotes voulaient surtout avoir l’assurance de percevoir leur prime de départ en retraite qui s’élève à …200 000 euros ( non, je n’ai pas fait d’erreur de zero !)

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